Le réveil sonne à 6h30. Pour beaucoup, c’est un matin ordinaire. Pour Anouck Clément, handballeuse semi-professionnelle, commence un quotidien millimétré où sport, études et travail s’enchaînent sans pause. Chaque minute est optimisée pour maintenir sa performance sportive, avancer dans sa carrière et poursuivre sa formation. Entre discipline et passion, elle a construit un équilibre lui permettant de performer sur le terrain et en dehors.
« C’est de cette manière finalement que je suis plus performante, mieux dans ma peau et mieux sur le terrain. »
Un parcours commencé à 10 ans
Issue d’une famille d’athlètes, elle grandit dans un environnement entièrement tourné vers le sport. Après avoir exploré plusieurs disciplines, elle commence le handball à 10 ans à l’US Lons Handball, où elle se distingue rapidement en sélection départementale. Elle poursuit en parallèle le volley, avant de choisir définitivement le handball au collège.
En 2015, elle rejoint la section sportive du lycée Stendhal à Besançon, début d’un parcours sport-études structuré. L’année suivante, elle intègre le pôle espoir de Besançon, où elle doit s’adapter à un nouveau poste. Elle y découvre progressivement les exigences du handball de haut niveau, entre apprentissage, blessures et premières désillusions, autant d’épreuves qui renforcent sa détermination. À seulement 15 ans, elle évolue déjà en Nationale 1 avec Palente Besançon Handball.
En 2019, elle intègre le centre de formation de la JDA Dijon Handball et découvre le plus haut niveau du handball féminin français. Elle y apprend les exigences du milieu professionnel et fait ses premières apparitions en Ligue féminine. Elle poursuit sa progression en signant son premier contrat professionnel à Mérignac Handball en 2023.
En parallèle, elle construit aussi un parcours fort en beach handball, avec plusieurs sélections en équipe de France jeunes puis senior, et la participation à plusieurs championnats d’Europe et du monde. Une expérience marquante qui enrichit sa vision du jeu et son identité sportive.
En 2025, elle choisit de revenir au Palente Besançon Handball, qui évolue en D2. Elle y retrouve un équilibre entre handball et vie personnelle, tout en poursuivant son aventure internationale avec l’équipe de France de beach handball. Un tournant assumé, guidé par une conviction claire : « être uniquement professionnelle ne me correspondait pas ».
Une vie rythmée par les exigences du statut professionnel
Lorsqu’elle évoluait comme joueuse professionnelle, son quotidien était entièrement dédié à la performance. Les semaines étaient rythmées par les entraînements, les matchs et les temps de récupération, sans activité professionnelle en parallèle.
Ses journées s’articulaient autour de trois piliers :
La musculation et la préparation physique ;
Les entraînementscollectifs ;
Les soins, la kinésithérapie et la récupération.
En moyenne, cela représentait près de six heures d’activité liées au handball chaque jour, auxquelles pouvaient s’ajouter des obligations du club, comme des événements partenaires. Le reste du temps était pensé comme un véritable outil de performance : récupérer, écouter son corps et arriver dans les meilleures dispositions possibles aux séances et aux matchs, parfois au rythme de deux rencontres par semaine.
Cette organisation demandait une adaptation permanente. Chaque semaine était construite en fonction de l’adversaire à venir, entre préparation tactique, analyse vidéo et ajustements des charges de travail. Les périodes de préparation physique, notamment l’été et l’hiver, comptaient parmi les plus exigeantes.
Au-delà des contraintes, cette expérience lui a beaucoup apporté. Elle y a appris la discipline, la rigueur et une meilleure connaissance d’elle-même. Elle a aussi eu la chance d’évoluer aux côtés de joueuses expérimentées et de coéquipières venues d’horizons différents, découvrant d’autres cultures et d’autres façons de vivre et de penser le handball.
Comme elle le résume aujourd’hui : « J’ai eu la chance de jouer avec de très grandes joueuses qui m’ont montré la voie, en m’enseignant la maturité et l’exigence du haut niveau. J’ai toujours aimé le respect mutuel qui existait entre les joueuses des différentes équipes. J’ai aussi appris la discipline, à mieux me connaître, à m’écouter, à comprendre mon corps et à traverser les périodes difficiles. »
Trouver son équilibre : le choix du semi-professionnalisme
Après plusieurs saisons à évoluer dans le handball professionnel, elle fait en 2025 un choix qui peut surprendre : revenir à un cadre semi-professionnel. Une décision mûrement réfléchie, née d’un constat simple : la performance ne suffit pas toujours à construire un équilibre de vie.
« Être uniquement professionnelle ne me correspondait pas. »
Ce retour à Besançon ne marque pas une fin, mais le début d’une nouvelle façon de vivre le haut niveau.
Une vie à cent à l’heure
Depuis l’été, son quotidien a radicalement changé. Elle travaille désormais comme assistante de direction dans une PME spécialisée dans la découpe laser, tout en reprenant ses études pour valider un master en management stratégique et financier.
Le sport reste omniprésent, mais il n’occupe plus toute la place.
Une semaine classique, c’est :
35 heures de travail en entreprise ;
plus de 16 heures d’entraînement ;
des cours à suivre et à préparer ;
des séances vidéo et des rendez-vous kiné ;
un match chaque week-end.
Le lundi donne le ton : journée de travail, musculation sur la pause déjeuner, retour au bureau, cours en début de soirée, retour vidéo puis entraînement jusqu’à 21 heures. Avant de rentrer préparer les affaires du lendemain et recommencer.
Ce rythme demande une organisation rigoureuse. Planifier, anticiper et optimiser chaque créneau est devenu indispensable.
Plus de fatigue physique, moins de fatigue mentale
Cumuler travail, études et sport de haut niveau représente un défi quotidien. Les journées sont plus longues, les temps de récupération plus rares et la fatigue bien réelle. Pourtant, cette nouvelle organisation lui apporte aussi ce qui lui manquait auparavant : de la respiration.
Lorsqu’elle était professionnelle, le handball occupait chaque espace de sa vie. Les entraînements, les matchs, la récupération et la performance devenaient le prisme à travers lequel tout était vécu.
Aujourd’hui, les frontières sont plus claires. Le travail lui offre une coupure mentale et l’aide à remettre le sport à sa juste place.
« Quand je suis au travail je pense au travail. Quand je suis en famille, je suis en famille ; avec mes amis c’est pareil. Et au hand je me défoule ! »
Un équilibre qu’elle n’avait jamais vraiment connu jusque-là.
Se redécouvrir en dehors du handball
Au-delà de l’équilibre trouvé entre ses différentes vies, ce changement lui a permis de découvrir une facette d’elle-même qu’elle connaissait peu. Depuis l’âge de 14 ans, tout avait été construit autour du handball. Le sport dictait les choix, les priorités et le rythme des journées.
En entrant dans le monde du travail, en reprenant des études et en retrouvant ses proches, elle a appris à exister autrement qu’à travers son statut de sportive.
« Je me suis dédiée entièrement à ça depuis mes 14 ans. 10 ans plus tard, je découvre qui je suis en dehors d’un gymnase et des baskets aux pieds. C’était un peu terrifiant au début, mais aujourd’hui je suis très heureuse d’avoir fait ma connaissance. »
Une autre définition de la réussite
Le semi-professionnalisme lui a appris qu’il était possible de continuer à viser l’excellence sans que le sport définisse toute son identité. Elle reste la compétitrice qu’elle a toujours été. Elle aime repousser ses limites, partager le terrain avec ses coéquipières et ressentir l’adrénaline de la compétition.
Simplement, aujourd’hui, le handball n’est plus tout ce qu’elle est. Et c’est peut-être ce qui lui permet, finalement, de l’aimer encore davantage.
L’aventure en équipe de France de Beach handball
Le passage au semi-professionnalisme n’a pas remis en question son engagement avec l’équipe de France de beach handball. Malgré un emploi à temps plein, la reprise de ses études et un rythme d’entraînement soutenu, elle continue de participer aux stages et aux compétitions internationales.
La principale différence réside dans ce qui se passe en dehors du terrain. Lorsqu’elle était joueuse professionnelle, les rassemblements avec l’équipe de France étaient entièrement consacrés au sport. Entre les séances d’entraînement, les soins et les temps de récupération, elle disposait de véritables moments libres, qu’elle pouvait utiliser comme elle le souhaitait : se reposer, lire ou simplement souffler.
Aujourd’hui, ces périodes demandent une autre organisation. Grâce à un accord avec son entreprise, elle peut télétravailler pendant les stages afin de poursuivre son activité professionnelle. Les temps calmes ne sont donc plus uniquement dédiés à la récupération. Une gymnastique exigeante, qui demande anticipation et adaptation de la part de chacun.
« Honnêtement, mes semaines de stage en équipe de France sont bizarrement plus reposantes. Il n’y a pas les trajets, les repas, les déplacements à faire, donc ça enlève pas mal de temps au final. »
Ce paradoxe résume bien sa nouvelle réalité. Les stages offrent moins de liberté qu’à l’époque où elle était professionnelle, mais ils restent plus légers que son quotidien habituel, rythmé par l’enchaînement du travail, des études, des entraînements et des obligations personnelles.
Cette continuité en équipe de France illustre aussi une conviction forte : il est possible de poursuivre une carrière internationale sans être exclusivement sportive professionnelle, à condition de faire preuve d’organisation, d’engagement et de trouver un environnement qui soutient ce projet.
Quels objectifs pour la suite ?
Après des années à orienter ses choix autour du sport, ses priorités ont changé. L’ambition est toujours présente, mais elle ne s’exprime plus de la même manière. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de performer : il s’agit aussi de construire une vie dans laquelle elle se sent bien.
À court terme, son objectif est de consolider l’équilibre qu’elle a trouvé. Terminer son master, poursuivre son expérience en entreprise et continuer à prendre soin d’elle sont désormais au premier plan. Un choix qu’elle assume pleinement, d’autant plus qu’il semble avoir un impact positif sur ses performances et sa santé.
« J’ai choisi de me prioriser. Et c’est finalement de cette manière que je suis plus performante, mieux dans ma peau et mieux sur le terrain. »
Côté handball, elle ne se fixe ni échéance ni nombre de saisons. Elle souhaite simplement continuer à évoluer avec le plaisir qui l’anime depuis ses débuts. Tant que la compétition, la vie de groupe et le goût du haut niveau, elle poursuivra l’aventure avec Palente. L’idée n’est plus d’aller au bout à tout prix, mais de savoir s’arrêter avant que la passion ne laisse place à la lassitude.
Le beach handball reste, lui aussi, un moteur important. Son ambition est de conserver sa place en équipe de France et de continuer à vivre ces compétitions internationales qui rythment son parcours depuis plusieurs années.
« Il s’agit de continuer à m’épanouir, de profiter des expériences qui s’offrent à moi, de grandir et de ne rien regretter. »
Le mot de la fin d’Anouck
« Croire en soi avant tout. Faire les choses pour soi et non pour les autres. Les expériences que je vis sont intenses, parfois difficiles, mais enrichissantes. Elles façonnent entièrement la personne que je suis aujourd’hui.
Peu de personnes croyaient en moi pour le haut niveau, à part ma famille. Il suffit parfois d’une seule personne pour tout changer, mais aussi de beaucoup de force et de caractère. Tout est possible. »
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