Chez un athlète en bonne santé, l’apport calorique est suffisant pour couvrir les besoins énergétiques et les fonctions physiologiques de l’organisme. En revanche, un déséquilibre causé par une faible disponibilité énergétique due à un régime restrictif, des troubles alimentaires ou de longue période de dépenses énergétiques sans ajustement des apports alimentaires, entraîne une dérégulation de certaines de ces fonctions.
Le syndrome REDs : quand la performance sportive met en danger la santé
Qu’est-ce que le « Relative Energy Deficiency in Sports » (REDs) ?
Le syndrome REDs, ou le « déficit énergétique relatif dans le sport » en français, n’est encore pas très bien connu du grand public, c’est tout l’intérêt de cet article de blog. Selon le CIO (Comité International Olympique) en 2023, le syndrome REDs fait référence à une altération de la fonction physiologique et/ou psychologique observé chez les athlètes hommes et femmes, causé par une exposition à une faible disponibilité énergétique problématique (prolongée et/ou sévère). Les effets néfastes comprennent une diminution du métabolisme énergétique, de la fonction reproductive, de la santé squelettique, de l’immunité, de la synthèse du glycogène et de la santé cardiovasculaire et hématologique. Ceux-ci, de manière individuelle ou synergique, pourront entraîner une altération du bien-être, une augmentation du risque de blessure et une diminution des performances sportives. [1]
Le groupe de travail sur les questions féminines de l’American College of Sports Medicine a été le premier à définir « la triade de l’athlète ». Celle-ci était définie par des athlètes féminines présentant des troubles du comportement alimentaire, une aménorrhée (absence de règles) et de l’ostéoporose. Puis le terme de syndrome REDs a été introduit en 2014 dans le but d’élargir le diagnostic. Elle a ensuite été redéfinie comme « l’interrelation entre la disponibilité énergétique, la fonction menstruelle ainsi que la santé osseuse ». Ces nouveaux termes permettent d’appuyer sur le fait que la faible disponibilité énergétique n’est pas obligatoirement liée à des troubles alimentaires, et que chacun des facteurs sont interdépendants. [2]
C’est le CIO qui a introduit le nouveau terme de REDs. Il permet aussi d’inclure les hommes, car la triade reposait sur le critère de l’aménorrhée, qui ne s’applique pas à eux, bien que leur fonction reproductive soit également affectée. [2]
Le syndrome REDs serait très répandu chez les athlètes mais sa prévalence semble sous-estimée, notamment en raison de la difficulté à mesurer la disponibilité énergétique individuelle. Le diagnostic reste difficile car il nécessite que l’athlète partage des informations personnelles, parfois intimes. Ils peuvent aussi craindre de se voir interdire de participer à des compétitions et ainsi ne pas signaler volontairement leurs symptômes. En plus, il existe des lacunes dans les connaissances de la communauté sportive à ce sujet. [2]
Qui peut être touché par le REDs ?
Ce syndrome touche principalement les jeunes femmes athlètes, bien que certains hommes puissent également être concernés. En plus, des amateurs peuvent tout autant être concerné que des athlètes de haut niveau. Il est particulièrement répandu dans les sports à catégories de poids, ainsi que dans les disciplines d’endurance, à composante esthétique ou gravitationnelle (comme le saut à ski ou le saut en hauteur). [3]
Le diagnostic ne repose pas uniquement sur des modifications cliniques ou biologiques, mais sur une recherche active des athlètes à risque. Il s’appuie donc principalement sur l’auto-déclaration des symptômes. [4]
Le CIO a alors mis en place un outil d’évaluation clinique pour le REDs. Le protocole suit trois étapes. La première concerne le dépistage via des questionnaires spécifiques et/ou des entretiens cliniques. Si les réponses montrent un risque probable, la deuxième étape consiste à évaluer et graduer la sévérité du syndrome grâce à une échelle de gravité proposé par le CIO. La troisième étape sera ensuite la réalisation du diagnostic clinique puis le traitement en fonction de la catégorie de gravité déterminé. [1]
Quels sont les signes ?
Les troubles du comportements alimentaires chez un athlète constituent une cause majeure d’un apport énergétique insuffisant. Ceux-ci peuvent être déclenchés par de nombreux facteurs, tels que la pression liée à la performance, les blessures, les pesées en équipe, les relations athlètes-entraineurs ou encore le perfectionnisme. [5]
Néanmoins, une sous-consommation alimentaire peut aussi être non-intentionnelle. Elle peut résulter d’une augmentation soudaine du volume d’entraînement sans ajustement calorique, d’un manque d’appétit lié au stress ou encore des contraintes liées aux déplacements à l’étranger. [5]
Quelles sont les conséquences d’une disponibilité énergétique faible ?

C’est lorsque ce déficit énergétique est prolongé qu’il entraîne progressivement des conséquences apparentes, telles que l’absence de règles, une fatigue intense et une fragilité favorisant les fractures de fatigues, des infections à répétitions ainsi qu’une baisse soudaine du moral. [5]
Un athlète souffrant du syndrome REDs et qui n’est pas pris en charge subit non seulement des conséquences sur sa performance sportive, mais aussi sur sa santé globale. Comme le montre la figure 1, les répercussions sont multiples et impact l’organisme à tous les niveaux. [1]
Lorsque la disponibilité énergétique est trop faible, le corps passe en mode survie au détriment de la santé. Il va faire le choix de réduire la quantité d’énergie dédiée à l’entretien de la cellule, à la thermorégulation, à la croissance, ainsi qu’à la reproduction. [6]
Des problèmes hormonaux :
Le syndrome REDs provoque une réduction de la production d’hormones sexuelles. Ainsi chez les femmes, l’un des premiers symptômes amenant à suspecter un problème sont les troubles menstruels comme l’aménorrhée (absence de règles). Et pour les hommes, une baisse des niveaux de testostérone peut être observée, ainsi qu’une spermatogenèse altérée. [7]
En plus des hormones sexuelles, les hormones thyroïdiennes (impliquée dans le métabolisme de base), les hormones régulatrices de l’appétit, l’insuline et son hormone de croissance analogue, ainsi que le cortisol sont également impactées. Tous ces dérèglements entraînent des problèmes menstruels et reproductifs, une perte de densité osseuse, de la fatigue et des blessures répétées, et bien sur des difficultés à maintenir la performance sportive.
Une fragilité osseuse :
Certaines hormones tel que les œstrogènes, la testostérone, mais aussi l’insuline, la ghréline, l’hormone de croissance et le cortisol, participent à la santé des os. Mais comme nous l’avons vu précédemment, ces hormones sont affectées par le déficit énergétique trop important. Ainsi, les troubles hormonaux liés au syndrome REDs et une nutrition inadéquate, augmente la résorption osseuse (l’os se dégrade et perd de la matière) et altère la microarchitecture de l’os et son remodelage, entrainant une perte de densité osseuse et intensifie le risque de fracture de stress. [5] [7]
Des effets sur le système cardiovasculaire, le système immunitaire, la croissance

Comme le montre la figure 2, c’est le corps entier qui est affecté par la déficience en énergie :
- Le débit cardiaque diminue, la pression artérielle est basse
- La fonction immunitaire est affaiblie, ce qui rends plus vulnérable aux infections et ralentit la cicatrisation des blessures
- Pour les jeunes athlètes, la croissance est freinée et la construction osseuse n’est pas optimale, augmentant le risque d’ostéoporose et de fractures.
Sans surprise, une faible disponibilité énergétique persistante entraine alors des répercussions sur la pratique sportive, comme le montre la figure 2. [1] Ainsi, les performances de force et d’endurance, la motivation, la récupération, etc., se voient être diminués et de manière de plus en plus importante lorsque la faible disponibilité énergétique perdure.
Quelle prise en charge ?
L’approche pour le traitement du syndrome est une prise en charge multifactorielle visant à modifier le régime alimentaire et à adopter une pratique sportive adaptée, deux facteurs qui ne sont pas toujours bien accepté. Elle repose aussi sur des actions éducatives sur la nutrition, couplée à l’activité physique, en mentionnant les risques et conséquences sur la santé lorsque les habitudes sont inadéquates. Malgré la prise en charge du syndrome, les différentes séquelles causées par le REDs ne s’améliorent pas aux mêmes rythmes, ce qui influencera la durée de récupération de l’athlète.
Si les mesures nutritionnelles, la réduction de l’entraînement et le suivi psychologique ne suffisent pas à restaurer l’équilibre hormonal et la santé osseuse, une stratégie pharmacologique peut être envisagée mais ne sera pas de première intention. Elle peut inclure un traitement hormonal pour restaurer les cycles menstruels et protéger la santé osseuse. Des compléments de calcium et de vitamine D peuvent également être utilisés pour soutenir la densité osseuse. D’autres traitements sont en cours d’étude. [5]
Comment prévenir du syndrome REDs ?
D’abord il est nécessaire de sensibiliser la communauté sportive en leur apportant de réelles connaissances, notamment en nutrition. Cette éducation doit aussi bien être faite auprès des athlètes qu’auprès des entraîneurs et encadrants, et même des parents dans le cas des jeunes athlètes.
Il faut aussi veiller absolument à augmenter son apport énergétique lorsque la charge d’entraînement se voit être augmentée. Pour cela il est nécessaire que l’athlète et son entourage soient conscient des besoins spécifiques qui évoluent en fonction de la période de la pratique sportive (préparation, compétition, repos). Une attention particulière doit être portée sur la consommation de glucides, très souvent écartée et pourtant primordial pour le sportif et sa performance.
Il est aussi important d’identifier les symptômes précoces avec des entretiens de santé individuels, notamment lorsqu’il y a suspicion d’une diminution des performances ou d’exercices excessifs, une fatigue persistante, des troubles menstruels ou une perte de poids significative. Plus tôt il sera dépisté, plus les conséquences seront limitées.
Le mot de la fin
Le syndrome REDs est une problématique majeure dans le monde du sport, aux conséquences aussi bien physiologiques que psychologiques. Le défi désormais repose sur la prévention avec notamment la promotion d’habitudes alimentaires saines et la sensibilisation du milieu sportifs : les athlètes, les entraîneurs et les professionnels de santé, afin d’assurer un accompagnement adapté et protéger la santé des sportifs sur le long terme.